Chronologies Mouxoises
1° Partie 1680 –1750

A fame, a pesto, a bello libera nos domine.

Didier Deville
Exposé du 10 Octobre 2009


Remerciements aux habitants de Moux , Pierre Maurel mon cousin, Armand Carles, Pierre Thène, consultés pour les noms de lieux, et mise à disposition de documents ainsi qu’à M. le Maire de Moux, MM. Alain Morettot, FrançisBolano.

A M. Georges Delmas des Archives Départementales de l’Aude et à toute l’équipe pour de précieux conseils.

Le Marquis de Mirabeau fut le premier à qualifier la période Monarchique qui avait précédé la Révolution Française d’Ancien Régime. Les historiens Alexis de Tocqueville et Hyppolite Taine seront les premiers à en donner des analyses contradictoires. (1) (2)

1- L’ANCIEN REGIME

Il est généralement admis que l’Ancien Régime commence pour la France à la mise en place de la Monarchie Absolue en 1515, sous le règne de François 1° et se termine à la proclamation de le République le 22 Septembre 1792 après la bataille de Valmy.
La Monarchie est de Droit Divin, le Roi ne tenant son pouvoir que de Dieu, absolue, fondée sur un droit coutumier . Sous Louis XIV elle deviendra une Monarchie centralisée et administrative faisant l’admiration de toute l’Europe.
La société d’Ancien Régime est hiérarchisée, les trois ordres délimitant le rôle de chacun, prier, se battre travailler. Elle est corporatiste, chacun défendant ses privilèges. Le christianisme est profondément ancré dans cette société, rien sans Dieu, toute déviance fera l’objet de controverses et de combats –protestants, jansénistes , Jésuites. L’Eglise est sous Concordat depuis 1516 – les évêques étant nommés par le Roi-.
Elle est enfin profondément inégalitaire, les privilégiés étant exempts de l’ Impôt et servitudes .
L’administration de l’Etat est affermée en Offices, dégageant au fil du temps une Noblesse de Robe et de plume (Robins) qui prendra progressivement le pas sur la noblesse Immémoriale (Daban de Moux). Cette vénalité des offices sera le seul contre pouvoir tangible à l’arbitraire Royal. Les Parlements (surtout de Paris) en sont l’illustration la plus visible , les périodes de la Fronde et le règne de Louis XV les moments les plus critiques. (3) (4)

2-Cadre de l'Exposé :
De 1680 à 1750, rendu possible par l’existence de documents de la Communauté de Moux, du Compoix de 1685, d’une continuité d’archives des registres d’imposition. (5)
C’est pour l’Europe une période cruciale. La bataille du Kahlenberg (11 et 12 septembre 1683) va permettre aux Habsbourg de mettre fin à l’emprise des Ottomans de Kara Mustafa sur l’Europe Centrale, l’armée conduite par Charles de Lorraine et le roi de Pologne Jean Sobieski remportera une victoire dont le symbole est encore présent à notre petit déjeuner : le croissant. L’Angleterre mettra fin à sa guerre civile engagée sous Cromwell par la « Glorieuse Révolution » -Blodless revolution – en 1688 par l’avènement d’une Monarchie constitutionnelle (Guillaume III d’Orange et Marie II) surligné par l’habeas corpus de 1679 porteur des concepts de démocratie. Celle –ci prendra résolument la voie du commerce et se tournera vers les mers pour dominer le monde pendant deux siècles, délaissant les affaires européennes pour un temps.

3-Les BOURBONS :

La période étudiée – 1680 à 1750 – correspond à la fin du règne de Louis XIV et au début de celui de Louis XV.
Cette période considérée généralement comme le Siècle des Lumières est aussi celle de la plus grande dépression économique qu’a connu la France.
Louis XIV et Louis XV sont de la lignée des Bourbons et du roi Henri IV héritier surprise à l’extinction des Valois (21° lignée).
Le Règne de Louis XIV est illustré par la mise au pas de la Noblesse. En instituant la Cour de Versailles et le protocole, Louis XIV(6), mettra un terme aux prétentions des familles Nobles sur leur prérogatives. Se souvenant de l’épisode douloureux de la Fronde, il réduira les Parlements à une symbolique représentation .
Son combat d’abord, sera intérieur, luttant contre les Jansénistes (polémique sur la grâce divine) politiquement appuyés par les Gallicans, il sera impitoyable contre les Camisards, instituant les Dragonnades dans l’Ouest et les Cévennes. Il révoquera enfin (1685) l’Edit de Nantes, provoquant l’exode d’élites marchandes, financières et artisanales Protestantes et provoquera la réaction des états Protestants (Ligue de Augsbourg) pour une autre longue guerre.
Il défendra au terme de 35 ans de guerre, « le Pré Carré », ces guerres dirigées contre l’Espagne, les Pays Bas Espagnols, l’ Empire, l’Angleterre, laisseront à la fin de son règne un pays exsangue et dépeuplé, mais les frontières ont tenu et la France est respectée en Europe, c’est l’époque de la « guerre en Dentelles » . Entouré de militaires comme Turenne, Noailles et Villars (bataille de Malplaquet – Malborough s’en va t’en guerre)(12). Cette bataille, comparable au Verdun de 1917 se déroulera dans un contexte particulièrement difficile, précédée d’un « appel au Français » par le Roi Louis 14, le 12 Juin 1709, le Maréchal Villars attendra de recevoir l’argent amené par un galion Espagnol (allié temporaire de la France) pour engager la bataille. Ce n’est pas une victoire, mais le verrou mis en place sera suivi de la victoire de Sedan. Louis 14 engagera des conflits qui laisseront de douloureux souvenirs en Hollande et au Palatinat.
Le droit coutumier Français n’a jamais su gérer les périodes de minorité du Roi succédant (Catherine de Médicis, la Fronde). La période de la Régence de Philippe d’orléans en sera l’illustration (7).
Le testament de Louis XIV prévoyait une gestion de conseil du Roi sous l’autorité du duc du Maine. Ce testament sera cassé par Philippe et la complicité du Parlement de Paris qui retrouvera ainsi ses prérogatives de « droit de remontrance ».
S’en suivra une période de Régence désastreuse, la Banqueroute de Law (qui tuera le crédit pour longtemps), la chasse aux sorcières des chambres de Justice, une politique étrangère hésitante, la bulle unigénitus , le gouvenement de polysinodie (gouvernement de cabinets) et l’engagement d’un conflit permanent avec les Parlements qui perdurera jusqu’à la Révolution.
Louis XV fut un roi dilettante qui ne sut pas utiliser l’entourage de qualité dont il disposa , la victoire de Fontenoy par Maurice de Saxe en est l’illustration, victorieux il abandonnera ses conquêtes « pour le roi de Prusse» (8)(16).

4-DES SOMNAMBULES AUX LUMIERES :

La Période d’Ancien Régime est celle de l’ouverture des esprits (9). Depuis le siècle de Périclès (3° av JC) la science est encapsulée dans le dogme d’Aristote qui pense que la science à atteint son but et qu’il n’y a plus rien à voir. Pourtant Aristarque de Samos, Anaximandre, Thalès, Pythagore avaient édifié les bases de réflexion de la pensée. Ainsi, pendant 17 siècles, seuls les rapports de l’homme à Dieu seront le fondement de l’unique préoccupation.
C’est dans la diffusion du savoir que Gutemberg, Erasme, les premiers, mais surtout le chanoine craintif de Thorun, Copernic (10), allumeront la lumière de la pensée (1530). En quelques décennies, bien avant le siècle des lumières, la science fera un bond formidable dans les espaces : Gilbert qui redécouvre la boussole , Jansen le microscope, Lippershey et Gallilée la lunette, ouvriront ces espaces de l’ infiniment grand à l’ infiniment petit. Ole Romer, Picard et Leewenbroeck donneront une application pratique aux Choses. La réflexion cartésienne engagée par Descartes sera transmise vers l’Angleterre pour y être bonifiée dans l’application aux Sciences.
Le chef d’orchestre qui fera basculer l’ensemble dans un monde qui nous est familier aujourd’hui est Isaac Newton (11), héritier le l’empirisme de Locke et Bacon, il assurera le clivage définitif entre le monde latin et le monde anglo-saxon. La Méditerranée ne sera plus qu’une mer. La pensée Newtonienne (Je ne feins point d’hypothèses) et Cartésienne (Je doute jusqu’à la découverte de la vérité ) vont s’affronter dans la durée.
Reclus seul dans sa maison pour éviter les ravages de la peste (1664–1666) il fusionnera les principes mathématiques de l’algèbre et de la géométrie , le calcul infinitésimal, la courbe et l’ élipse, la lumière et le mouvement, et les lois de la gravitation.
Les héritiers de cet univers, promu par Voltaire (21)vont se mettre sous la lampe et faire briller la France de Louis XIV. Malherbe avait déjà codifié l’écriture (enfin Malherbe vint...), Rameau prononcera la rupture musicale avec le baroque italien (traité d’harmonie), Racine, Boileau, Molère, La Fontaine, Rousseau, Diderot, D’Alembert, vont donner un tel éclat à ce siècle que l’Europe va parler le Français durant quelques décennies.....

5-LE SIECLE DES CALAMITES :

Cette même période, si brillante verra se dérouler une longue série de calamités faisant suite à une longue période d’insécurité (guerres de religion).
Depuis les années 1600, le climat s’est brusquement refroidi, de un a deux degrés en moyenne, lui donnant le qualificatif de Petit Age Glaciaire (15). Hivers longs et rigoureux, printemps pluvieux, étés chauds.
La France vers 1680 repose uniquement sur l’économie de la terre, d’une part comme économie de subsistance (bletz et seigle, on ne connaît pas la pomme de terre), d’autre part comme revenu pour les rentiers du sol (nobles, robins).
Cette rente du sol va s’effondrer, (produit brut) provoquant l’endettement des fermiers et des rentiers du sol et souligner une déflation accentuée par l’afflux de métaux (argent du potosi). L’option Industrielle de Colbert en déplaçant l’investissement du Blé vers l’industrie (exonérations) va donner le coup de grâce à l’économie agricole. On constate l’abandon des terres dans le Languedoc (deguerpissement) faute de moyens pour les travailler ou les ensemencer. Les nobles de robe et de plume (Robins) vont racheter ces terres pour le prix de l’impôt, ce sera le cas de la famille d’Alibert futurs seigneurs de Moux.
La disette qui était endémique deviendra famine, en 1693 et 1694, la France perdra deux millions d’habitants. Mortalité importante (50% des nouveaux nés) 23 décès en 1674 à Moux pour 260 habitants.
L’hiver très sévère de 1709 en supprimera 700 000 de plus. A la fin du règne de Louis XIV la France est toujours le pays le plus peuplé d’Europe, mais elle a perdu près de 2 millions d’habitants.
La pression exercée par l’Impôt fqui finance l’état permanent de guerre (dixième, capitation) accentuera cet état de pauvreté des sujets du roi ( lettre de Fénelon au roi Louis XIV).
Les épidémies vont ponctuer ce tableau déjà bien sombre, dysenterie, variole, peste (1721 en languedoc). La peste de 1720 est transmise pour la première fois d’homme à homme, le surmulot venue d’asie centrale ayant supplanté le mulot noir porteur de la puce et du germe de la peste.

La sentence en exergue de la présentation récitée aux croix de rogations, résume bien l’époque « de la faim, de la guerre, de la peste, préserve nous Seigneur ».
Ces faits sont perceptibles dans la communauté de Moux, les Consuls sont amenés à déclarer les sinistres météorologiques et leurs conséquences :

• 1709 Le grand Hiver verra la disparition quasi totale de l’ Olivier
• Réduction d ’Impôt de 1710 à 1718 (364 # an)
• 1715 - 1716- 1734-Achat de semences pour la communauté.
• 1724 Echaudage des « bletz »
• 1731 Grêle, orages, pluies
• 1736 Grêle
• 1737 Terres endommagées.
• 1739 - Gelée blanche et inondations.
• 1745-1746 Inondations.
• 1748 perte de la récolte des oliviers et des Mûriers.
1748 ––Perte récolte !
• Sieur Jean Abraham collecteur de l’année 1748 vous paires ou tiendres en compte a guillaume Desplas premier consul la somme de 3#10S pour aller remttre le role de la Capitation et lotre pour aler remetre letat des pertes de la recolte et des oliviers quy vous seront tenus au compte en raportant les presant mandemant a Mous 14° septembre 1748.
Desplas Consul Ahuc, Dupont, Consuls

• 1788 Disparition totale de l ’Olivier.

6-L' Etat et l'Administration :

Moux est dans l’Etat de Languedoc, l’on devrait dire les Etats de Languedoc, car le Vivarais et le Velay, etats à part entière, en font partie. Cette juridiction s’étend de Montauban à Beaucaire, et aux portes de Lyon, c’est un des Etats les plus puissants de France. Le Languedoc est un pays d’Etat, possède son propre Parlement qui siège à Toulouse, cette assemblée perdra peu à peu ses prérogatives au profit de l’Intendant (19)nommé par le roi, véritable souverain en ses Etats
. Ce parlement est composé de cours souveraines (Justice, Aydes, Appel). L’Intendant le plus emblématique est Lamoignon de Basville, en poste durant 33 ans. Guignard de Saint Priest intendant de la Révolution sera décapité à Picpus en 1792. Il est secondé par le Lieutenant Général ou Gouverneur qui entre souvent en conflit avec l’intendant et le parlement. Pour anecdote, la participation de l’Etat à la construction du Canal du Midi sera négociée en contrepartie d’ une aide des états de Languedoc à la lutte contre les Protestants (13).
Moux est dans la Sénéchaussée de Carcassonne, mais ici aussi le titre deviendra honorifique avec la venue de l’Intendant . La famille Lavalette de Cornusson fournira quelques Sénéchaux et le dernier sénéchal Louis de Guilbert sera lui aussi décapité à Picpus.
La communauté dépendait du Diocèse civil de Narbonne (depuis 1333) et de la Généralité de Montpellier (17) pour le fiscal.
La paroisse de la communauté des habitants de Moux constituait enfin la cellule finale.
La communauté d’Albas et sa succurssale de Laric avaient disparu à cette date (état de ruines) et étaient rattachées à la communauté de Moux.
Le Baron avait perdu ses prérogatives de haute, moyenne et basse justice, il ne faisait que perçevoir l’Albergue et désignait les Consuls Modernes (de l’année).

7-L'Economie Mouxoise en 1685 :

Economie de subsistance qui repose sur les « bletz » blé et seigle, quelques Mûriers. Moyens de culture rudimentaires - soc en bois – la Mousse (qui donnera la façon culturale de la Moussole apparaîtra en cours du 18° Siècle)
Assolement biennal, Peu de Fumures, rendements faibles, de 1 à 4. La vigne est un complément -freinée par les Etats .
L ’olivier disparaîtra peu à peu au rythme des gelées.
Nous ne connaissons la culture du Mûrier que par la perte de récolte, ce qui laisse penser que l’on élevait des vers à soie.
6 troupeaux de moutons et chèvres (6 x 200 têtes) importants pour la fumure de la terre.
Durant cette période, Moux passe de 104 à 78 contribuables, le village ne retrouvera ce niveau de population que vers les années 1770.
Il y avait 23 « cabalistes » en 1638 il n’y en a plus que 13 en 1685. Ces 23 cabalistes représentaient pour la plupart des éleveurs, mais dans les périodes de crise, ce sont les troupeaux qui sont le bien le plus facilement monnayables (ventes ou saisies). Les Cabalistes sont les entrepreneurs soumis à l’impôt –aubergistes, cardeurs, forgerons, éleveurs...

8- Le Compoix de 1685 :

Le Compoix est l’ancêtre du Cadastre. Il consiste en un registre sans plan de situation, les biens y sont définis et situées par rapport au voisin ou à un chemin dans un quartier rural.
Le positionnement se fait avec les termes Midy, aquilon, Auta, Cers. Ainsi apparaissent des noms de chemins oubliés – D’Albas à Montbrun – d’Albas à Lagrasse – de la Franquy – ou des noms de lieux qu’il a été difficile d’exhumer des mémoires – Claux de cazes – Granair – Ainellea –Champ Carré – Camp de la bastardo – Col de la Magdeleine. Beaucoup de termes sont encore écrits en occitan comme cami et la préposition al. La rue de la pompe était connue comme « chemin du puits » et se prolongeait vers le « chemin de Moux à Albas » par le « col d’Albas », « Sainte Anne » étatit située sur son parcours et non comme aujourd’hui à l’intersection de la route de st Couat qui n’existait pas. Le « chemin de Montbrun partait de la place par l’actuelle « calade » et la rue de la boulangerie actuelle était dénommée « rue de la Férrière ».
Il existe pour Moux, les Compoix de 1638, 1685, 1789 et le cadastre Napoléon.
Il permet de définir le livre d ’Estime, assiette de l ’impôt de la Taille défini en monnaie de Compte exprimée comme suit :
1 Livre vaut 20 Sols ou Sous ou 240 Deniers -1 Sol vaut 12 Deniers - On utilisera Livre ou Franc au 18° Siècle.
La communauté désigne un Notaire Royal Arpenteur qui est en 1685 Maître Lacroix de Rustiques et un estimateur qui est le bourgeois Andrieu de Trèbes. Ces personnes délimitent le bien, sa valeur, son assiette fiscale.
Le bien est mesuré en Sestérée (2500m2), Quartière (600m2), Coup (80m2) et Canne Carrée (4m2) pour les maisons. La Sestérée est celle du Minervois. La canne est celle de Montpellier (1m99). Les biens Nobles du seigneur sont mentionnés, mais il n’entrent pas dans l’assiette d’imposition. Le Baron Daban est toutefois le plus gros contribuable pour les terres roturières(18).
Le chateau de Moux de même que le Moulin banal ne figurent pas au Compoix, le Baron étant en procédure de saisie , soit ses biens ont été cédés à ses fils ou à son épouse, soit il ne réside plus dans la communauté , il ne figurait déjà pas au Compoix de 1638.
Sur ce Compoix ne figurent aucune propriété bâtie hors du village, Albas est mentionné comme Courtal et Casal, les Bories Vieilles mentionnées en 1638 sont devenues Borie Cramado, et y figurent par rapport à un champ. Le chateau d’Alaric y est totalement absent. Par contre, figure sur le « sol de st Antoine » une chapelle au milieu des hyères de battage. La métairie de Laric (pins de Didier) ne figure pas bien que mentionnée par J. Euzet (23)dans son excursion de l’Alaric (Moulin à huile) propriété de Daban elle est peut être exclue du Compoix pour les raisons évoquées plus haut.

Il y a 35 maisons dans le « Fort » et 46 maisons aux « Barrys », 2 Auberges, celle de « L ’Ange » relais de Poste, actuelle maison Didier, et l’Auberge de « La Pomme » actuelle maison de Pierre Maurel, 2 forgerons , un Apothicaire, un Meunier, certaines années un boucher et 2 chais.

Les Mouxois roturiers possèdent :
320 hectares de Champs (blés et orge) toute la plaine jusqu’à L’azagail, chemins de Carcassonne et de Narbonne.
33 hectares d ’Oliviers – Le Bas, Claux de cazes, As mountagnos, les graves.
47 hectares de Vignes – Terme, Mascarou, la lécune, Aygalots, Laric, col de fourty, chemin de fontcouverte.
54 hectares de broutes et Herms – Le Bas, la Coste, Laric, le pas du Loup.
3 hectares Jardins et Hyères –chemin du puits, hyère de st Antoine.

Le seigneur et Baron Daban possède :
125 hectares - broutes et bois dans Laric
76 hectares terres Nobles – la Prade, les Pradels, St Antoine, chemin de Montbrun, ch de Roquecourbe, plaine de Laric.
85 hectares terres roturières – Le Bas, ch de Narbonne

En juillet de chaque année, le subdélégué de l’Intendant transmet à la communauté le montant de la Mande Diocésaine.
Pour l’année 1785 le montant de la mande est de 1733 livres. Les contribuables sont solidaires dans l ’assiette fiscale.

L’assiette calculée à partir du Compoix est établie comme suit : (exprimé en livres, sols et deniers)
• Le Seigneur( Baron Daban) 30.6.11 76 hectares
• Jean Huc- Baillé 11.16.8 15 hectares
• Pierre Fabré 18.6.6 25 hectares
• Sieur Jean Coudon 24.5.3 31 hectares
• Jean Desplas 8.16.10
• Guillaume Desplas 13.0.3 11 hectares
• Joachim Huc 12.1.2 11 hectares
• Catherine Millotte Vve Huc 7.13.7
• Raymond Desplas 9.9.5 8 hectares
• 5 Contribuables. Entre 5 et 7 livres
• 51 Contr. Entre 1 et 5 livres
• 39 Contr. En dessous d ’ 1 Livre
Le total de l ’assiette est de 321 Livres
Le ratio entre la Mande et l’assiette étant de 5,2, chaque contribuable paiera son assiette x par 5,2, le Baron de Moux par exemple paiera 153 livres.

9-L'Impôt (17) :
Il a une origine féodale pour une grande partie, l’état de guerre permanent sous Louis 14 et Louis 15 conduira les ministres successifs à trouver des ressources originales. La tentative de Machault d’Arnouville en 1750 pour établir l’impôt du vingtième sera vouée à l’échec alors qu’elle portait le germe d’une sérieuse réforme d’impôt équitable.
La Taille pèse sur les biens fonciers et immobiliers, le Clergé en est exempt par le règlement d ’une aide globale, les Nobles pour leurs terres liées au fief.
Cabaliste sur les activités artisanales , le bétail et troupeaux.
Capitation mise en place en 1695 pour les besoins de guerre- clergé exclu
Le Dixième d ’Industrie sur les activités en 1710.
Les Aydes - ferme générale, taxe sur les produits et leur circulation (douane , octroi)
Les droits seigneuriaux - Albergue, champart, pancarte, banalités etc..
L’Albergue est payée à Moux, chaque année auprès du seigneur ou de son commis pour 13 livres 10 Sols, cet impôt représente le droit pour les Mouxois de laisser paitre leurs bestiaux dans Laric et d y couper du bois, cet impôt datant de 1290 perdurera jusqu ‘à la Révolution.
La Dîme au Clergé et le casuel - Le dixième de toute production.
On proposait la collecte de l ’Impôt au Collecteur Volontaire moins disant (rémunéré en général de 4 deniers par livre récoltée) Si aucun enchérisseur ne se présentait, on désignait un Collecteur Forçé.

10-Vie de la Communauté :

Le seigneur désignait 3 Consuls chaque année à la période de Nadalet le premier consul est dénommé Baillé, en 1685 c’est Jean Huc.
Ces Consuls cooptaient 5 à 6 personnes et l’ensemble formait le Conseil Général de la Communauté des habitants de Moux, il deviendra par la suite Conseil Politique.
La comptabilité était tenue par un greffier Consulaire qui changeait chaque année.
Ces consuls désignent les Syndic (chargés de mission), Le régent (à compter de 1724, rémunéré pour 75 livres), le boucher, le crieur public, le remonteur d’horloge. Deux garde vignes ou garde terres sont rétribués, ancêtres de nos garde champêtres.
La communauté doit faire face aux réparations de l’Eglise qui semble être devenue communale vers 1688 (réfection des gradins, passage de chaux, réfection du toit, monter une cloche), réfection aussi du puits de la ville.
Il faut aussi équiper les miliciens réquisitionnés et les emmener pour tirage au sort à Fabrezan, emmener des pauvres à Barbaira ou Lézignan, délivrer la liste et le montant de la Capitation à Narbonne, au Subdélégué, emmener un enfant trouvé à la porte de l’eglise auprès du Sénéchal etc...tous ces déplacements engageant des frais sont rajoutés au budget de la Communauté. Durant cette période, seuls des faits et des chiffres transparaissent dans les registres communaux, il n’en sera pas de même dans la période précédant la Révolution, les tensions vont apparaître, nous permettant de suivre les faits et leurs conséquences.


11-Vie religieuse :

L’eglise est sous le vocable de Saint André elle était au départ la chapelle du seigneur sise dans les murs de la ville et figure à l’inventaire de l’Ave maria en 1269. Elle sera agrandie avec les matériaux de la muraille en 1835 et consacrée à Saint Félix, le coeur actuel étant sur l’ancien emplacement. La famille du seigneur y avait son tombeau, y étaient ensevelis les hommes et les enfants. Une épouse et une fille au moins seront ensevelies à Lagrasse, Anne Paule de Toulouse de Saint Martin est en l’église des capucins de Lagrasse en 1678, elle est donc l’épouse de François Daban, le seigneur de Moux qui avait participé à la guerre de Montmorency avec son père et la mère de Virginie Daban Religieuse chez les doctrinaires de la Croix de St Just à Narbonne. L’on peut présumer que lors de l’agrandissement de l’église, le tombeau des ancêtres des Daban a été déplacé dans le presbytère faisant face à l’église, c’est là que furent trouvées ces sépultures lors de l’aménagement de la placette située contre le rempart. Jean François Daban, seigneur de Montgaillard, Chevalier de Moux fut enseveli en 1661, « dans le fossé au caveau de la pierre », Noble Marie Lione de Moux en 1658, enfant ainsi que Noble Anne Daban fille du Baron de Moux et de Claude Cassaignes en 1657, agée de 7 ans. Marcel Durliat, sommité de l’Architecture Religieuse Méridionnale ne relève rien de particulier dans cette église lors de sa visite .(22)
Il y a un recteur(lé ritou) Azéma, puis Coudon et Rebellat qui avancera l’argent nécessaire au financement d’une mule pour l’armée de Catalogne , il y aura même par périodes un vicaire.
Comme nous l’avons déjà mentionné, l’église est à la charge de la communauté vers 1688, au départ des Daban. C’est « le Purgatoire » conseil de fabrique de la communauté qui gére les biens (pauvres) un champ et une maison. L’Oeuvre St André semble avoir assuré le conseil de Fabrique pour la chapelle du Sol.
Albas n’est plus une communauté à cette date, toutefois, le clocher est réparé en 1713, mais la cloche sera démontée et installée au clocher de Moux en 1736. Les deux derniers habitants d’Albas décèdent en 1666 pour Marthe Saissagne et en 1665 pour Jean Goudin . Une seconde cloche sera fondue et installée au clocher de Moux en 1734.
Le cimetière est situé à l’endroit actuel, séparé des maisons par un viol (ruelle) dans l’axe du chemin de Fontcouverte. Le cimetière des enfants était distinct du cimetière principal, à l’entrée.
Il est mentionné deux croix de rogations celle de la place, installée en 1729 et une à la limite des chemins de Foncouverte et de Narbonne.

11-Le Baron Seigneur Daban :

A la suite de la chute de l’Empire Romain et des grandes Invasions, les terres furent données aux seigneurs Francs en Alleu (terre franche de charge) ou en fief (usufruit) l’Eglise s’attribuant le bénéfice pour le décimaire.
Le dernier seigneur Franc connu pour Moux est Bernard Atton qui rendait hommage à l’Abbé de Lagrasse pour le fief de la villa Murso et Albas en 1110. Mais la croisade des Albigeois balayera l’ordre établi.

Simon de Montfort se vit attribuer la Baronnie de Moux qui comprenait la paroisse de Moux et les terroirs d’Albars et Laric, en 1215, il confiera ces terres à la famille Daban ainsi que celles du Val de Dagne , Roquenégade et Montgailhard.
Dès lors et durant toute la période féodale, les Daban n’eurent d’autre suzerain que le Roi, de Noblesse Immémoriale, ces seigneurs titrés Barons ou Chevaliers, paieront l’impôt du sang au service du Roi, confirmé par leur blason “ d’argent à la fasce d’azur chargée de trois lys d’or ”.
Croisés au service de Saint Louis, les DABAN participeront à la Croisade “ outre-mer ” ou assureront le service avec nombre de soldats fixes et archers à la Cité de Carcassonne, au gages du Roi.


Blason du baron DABAN, seigneur de Moux.

En 1269 Rossignol de Moux est témoin de l’inventaire de l’Ave Maria (Moux et Albas) pour l’Evêque de Carcassonne.
En 1295, le Seigneur cédera ses droits à la communauté de Moux “ une tractation passée entre les seigneurs et les habitants qui nous rend frans de toutes charges. Passée l'an mil deux cent quatre vingt quinze ” c’est l’Albergue ou quête, fixée à 13 livres 10 sols “ pour le bois coupé dans Laric et le pacage des bestiaux à la Prade ” (cahiers de doléances de 1789). Ce droit perdurera jusqu’à la Révolution ainsi que les droits de censive, de droit à la onzième gerbe etc. . C’est aussi le seigneur qui désignait les trois Consul Modernes (de l’année) parmi les plus gros contribuables, cette prérogative sera reconduite jusqu’en Novembre 1790.
François Daban reçut les reconnaissances et droits emphytéotes du Roi François I° en 1515.

Le sieur de Mouts, Martin Daban, gouverneur de la Cité leva les troupes catholiques en 1568 pour faire campagne vers Tholose et Soual.
1577 – Moux, occupé par les Bandoliers protestants du Capitaine Fournier, mais assiégé peu après par les compagnies du sieur d’Arques est replacée sous l’autorité du Roi
1590 1° Mars – La ville rangée aux côtés de la Ligue est assiégée par les compagnies royalistes des capitaines Cambounes et Raissac qui seront dans la place fin Mars.
1595 - Claire Daban, fille de Martin Daban épouse Barthélémy Régis oncle de Saint Régis, sera marraine du Saint et le mettra en nourrice à Moux, face au château.
En 1632, Anne Daban (seigneur de Moux) prend parti pour Montmorency contre Louis XIII. S’étant emparé d’un canon, prit Montlaur d’assaut, sans succès, les Royalistes venus de Carcassonne firent lever le siège. Avec d’Armissan, il tentera en Juillet 1632 , de renverser le parti du Roi dans Narbonne. L’épilogue sera la bataille de Castelnaudary où Schoenberg fera prisonnier Henri II de Montmorency. Les barons du Midi s’enfuiront pour la plus part en Espagne en attendant l’amnistie de 1635.
L’engagement de la famille Daban dans la guerre contre le roi Louis XIII, conjuguée à la chute des revenus de la terre ruinera définitivement ce seigneur.
La venue de Louis XIII à Moux, au château des Daban en Octobre 1632, n’est donc pas fortuite, en route pour assister au supplice de Montmorency, le roi s’arrêta à Moux pour défier les opposants à son autorité, logé au château, il sera victime de malveillance, un incendie se déclara en pleine nuit, à l’initiative du parti de Montmorency. Il sera éteint avec peine.


Blason de DABAN, Seigneur de Moux –1686
De sinople à deux fasses d’argent à deux bandes de gueule brochant le tout.

Le changement de blason se produisit durant cette période trouble pour les Daban, entre 1632-1688.
François Daban fils d’Anne Daban épousera en 1651 Claude de Cassagnes, fille d’un Conseiller du Parlement de Toulouse.
François Daban sera contraint de procéder à un prêt hypothécaire de 25 500 livres en 1665, auprès de Gabriel D’Alibert, pour assurer « la légitime », soit le partage de l’héritage avec son Frère Jean François . A sa mort en 1686, la somme n’étant pas remboursée, les biens seront saisis et liquidés en 1688, Claude Cassagnes conservant sa dot et ses bijoux. Mais en perdant ses terres Nobles, le seigneur perdait ses prérogatives et donc son titre de Baron.
A la création de l’Hôpital de Narbonne, François Daban en sera nommé administrateur perpétuel en 1678, par lettres patentes de Louis XIV.
Jean- François Daban seigneur de Laric deviendra seigneur de Saint Jean de Rives dans le Tarn et conservera le titre de Chevalier de Moux ( inaliénable).

Blason accolé DABAN/CASSAIGNES
De Sinople à deux fasses d’argent à deux bandes de gueule brochant le tout, accolé de sable à deux fasses d’or et deux bandes d’azur brochant le tout.

Le blason figurant au château de Moux représente les armes du « cy-devant Baron de Moux » (la Baronnie étant sortie de ses biens) et en accolé celles de Claude Cassagnes son épouse, nous pouvons donc le situer après 1688 et avant 1696 au moment ou d’Hozier fit le relevé des titres et des blasons. Ce blason est une marque de fidélité de l’épouse au seigneur de Moux.
Melchior Daban, frère de François et Jean François alimentera la chronique judiciaire en « se faisant ravisseur de quelques fillettes de notables » il était chanoine au Chapitre de Narbonne.
Par la suite, les familles d’Alibert nobles de robe, puis par mariage les d’Aignan d’Orbessan Nobles Chevaliers , les bourgeois Portal, seront seigneurs de Moux. Durant la période révolutionnaire, les Portal eurent des démêlés avec les Consuls. Le conflit portait sur les titres seigneuriaux, les droits seigneuriaux réactivés et le pacage des bestiaux à la Prade, Charles Portal Aîné et Cadet furent contraints d’émarger tous les trois jours à la Maison de la commune en 1793.
L’arpentement des biens « communaux » fera l’objet d’un nouveau conflit avec la famille Portal, ceux-ci ne se pliant pas à l’injonction des Consuls.
La Convention en votant l’abolition des privilèges et droits féodaux le 17 Juillet 1793, mettra un terme définitif à cet aspect de l’Ancien Régime.


Fin de la Première Partie 1680-1750

En guise d'Epilogue.....

“ Votre peuple, Sire, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui vous a toujours été si dévoué, est en train de mourir de faim.
Plutôt que de le saigner à blanc, vous feriez mieux de le nourrir et de le chérir ; la France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions.
Vos sujets croient que vous n'avez aucune pitié de leurs souffrances, que vous n'avez d'autre souci que le pouvoir et la gloire. ”

« Signé anonymement par François de la Mothe Fénelon ».

Lettre à Louis XIV
Le cygne de Cambrai.


Bibliographie et Notes

(1) Hippolyte Taine – L’Ancien Régime- editions complexe
(2) Alexis de Tocqueville –L’Ancien Régime et la Révolution – Idées
(3) L’Ancien Régime Institutions et Société- François Bluche
(4) L’Ancien Régime- Que sais je ? Hubert Métivier
(5) Archives de l’Aude – 73C346 compoix 1638- 73C347 compoix 1785- 4 E 261/1G1 Compoix 1789–Brevette.
4 E261/1D16 – 4 E261/1D2 – 4 E2G1/1 E1 – C2105 - C2110
C2204 –
(6) Louis XIV par Eric Deschodt
(7) La Fronde – Orest Ranum
(8) Louis XV – françois Bluche
(9) La civilisation de l’europe des Lumières – Pierre Chaunu
(10) Les Somnambules – Arthur Koestler
(11) Isaac Newton un destin fabuleux– James Gleick – Quai des Sciences
(12) La bataille de Malplaquet 1709 – L’effondrement de la France évité – Ed Economica.
(13) Les Paysans de Languedoc –le Roy Ladurie – Flammarion
(14) Dictionnaire des usages et coutumes du Languedoc –Dr Cayla
(15) Abrégé d’Histoire du Climat – E Le Roy Ladurie
(16) Les Remontrances de Malesherbes – Elisabeth Badinter
(17) Dictionnaire de l’Ancien Régime – Lucien Bely.
(18) BSESA 51° année Tome XLV – Les anciennes mesures Audoises- Roger Hyvert.
(19) Lettres et rapports sur la guerre des Camisards (1702-1704) de Gregoire Vidal Prieur de Mialet.
(20) Chronologiette de Pierre Prion (1744-1759) Fayard
(21) Voltaire ou la royauté de l’esprit – Jean Orieux.
(22) Correspondance particulère avec Marcel Durliat –1980
(23) L’occupation de l’Alaric, correspondance avec Jean Euzet.et BSESA 1966
? Jacou, petit village et grands seigneurs – Antoine Blanchemain
? Le village sous l’ancien regime- Antoine Follain
? Cartulaire de Mahul- Moux
? Déguerpissement des terres fléau du XVII°- Claude Journet BSESA 1961
? Les cahiers de Science et Vie – 1998 –Science Anglaise, science Française.
? Histoire Générale du Languedoc –Claude Devic_Joseph Vaissette 1745–Du Mège – Librairie Privat.